Certeau – parole et stratégie
Il y a comme une montée en puissance, en abstraction, difficile même à suivre ce matin un peu poussif, dans le objets successifs que Certeau s’est donné, et au moins la structure choisie par Luce Giard pour le livre en 4 temps de La Prise de parole. Je suis étonnée de voir Certeau arriver dans les années 80 – sans doute, L Giard le rappelle, “Faut-il rappeler qu’en 1983 [ceci écrit dans une édition qui paraît en 1994] beaucoup semblait possible et que nous étions nombreux à croire la société transformable. J’ai laissé ce texte en l’état, comme témoignage d’un ´moment’ de notre histoire intellectuelle et parce que je ne voyais aucune raison de renier ce à quoi nous avions cru”, p. 24.
Il y a donc, entre les objets d’historiens déjà étonnants en mobilisation intellectuelle dans le temps du présent, Mai 68, et les émergences politiques des Amériques indiennes du début du volume, et la section 3 qui aborde “L’ordinaire de la communication”, un pas qui demande à la lecture un sacré aggiornamento encore. Il faut retisser, retrouver, localiser (car on sait d’avance qu’ils sont certains et précis, mais par le biais d’effets de contexte, de ses propres lectures donc, qui sont à deviner, reconstituer) tous les liens qui guident cet envol, et ce surcroît de théorisation. Dans l’approfondissement des questions d’usage, de parole, de stratégie. De rapports vastes et fondamentaux, anthropologiques (mais avec des méthodes, “styles” de faire, tout autres que ceux de l’anthropologie) entre dire et faire – il posait ses termes dans les textes sur mai 68 déjà tôt dans le livre.
Une pensée profondément pragmatique donc, mais à lire de biais ici car pratiquée for the sake of des objets qui doivent garder leur priorité : car ils sont engagés. Politiques. Les expressions de 68, les réveils indiens, les usages qui négocient la communication. (La négociation est des années 80 aussi, dans les Cultural studies néomarxistes.)
Et surtout avec des moyens que je ne sais pas identifier. Ce n’est pas Gramsci, pas la tradition linguistique. Luce Giard évoque Loyola… ça va être dur à suivre, même en recomposant le peu que je sais repérer de certains maillages des théologies chrétiennes de l’émancipation après WW2.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Claire Joubert (20 mai 2026). Certeau – parole et stratégie. Ce que fait un angliciste. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/168vw